jeudi 9 décembre 2010

Le dindon de la farce

Bon je sais c'est pas trop dans l'ordre chronologique:

Le scrutin de dimanche était un grand rendez-vous. La communauté internationale en était fière : imaginez on compte sur les doigts d’une main (de lépreux), le nombre de fois où un président a passé le pouvoir à un autre démocratiquement élu. Beaucoup voulaient retarder ces élections : trop tôt après le 12 janvier (beaucoup de bureaux de vote étaient dans les écoles) ; risque d’explosion gigantissime de choléra. Pour une fois, la communauté internationale a gagné la manche. Euh … attendez, non en fait la communauté internationale décide toujours de tout en Haïti. Le top départ était lancé à 6h (on se lève tôt en Haïti) mais comme rien ne sert de courir, il faut arriver à point, beaucoup de bureaux de vote n’ont ouvert que vers midi. Deuxième problème, nombreux sont ceux qui n’avaient pas obtenus leur carte d’électeur. Ceux qui avaient leur carte repartaient souvent brocouille car leur nom n’était finalement pas sur la liste du bureau de vote dans lequel ils devaient voter. Petit blague, cela est même arrivé au candidat du parti au pouvoir, Jude Célestin qui s’est pointé là où un de ses homonymes devaient voter mais pas lui. Sauf que lui, contrairement aux autres quidams, a obtenu un PV pour voter là où il s’était pointé.

Dès la mi-journée, la plupart des candidats de l’opposition parlent de fraudes massives : avant de rentrer dans le bureau, il faut annoncer pour qui on va voter et si ce n’ est pas pour INITE (parti de Préval), on se fait refouler. Des partisans bourrent des urnes de bulletins pré-remplis en faveur d’INITE… A 16h, 12 candidats demandent à annuler les élections. Cette demande n’a rien d’officielle d’après le conseil électoral qui lui annoncé à la fin de la journée que c’est un succès et le vote est valide sauf dans 53 bureaux.

Là je dois vous faire partager la perle d’un membre du comité électoral : Nous n'avions pas la prétention d'organiser des élections sans irrégularités. Ce sont des irrégularités qui sont dues aux faiblesses des structures de l'Etat" haïtien. Je pense pour ma part qu’il y a irrégularités parce que cela arrange bien l’Etat.

Les bulletins comment à être dépouillés le soir même mais les résultats ne seront connus officiellement que la semaine d’après. Sauf qu’au fir et à mesure, des pourcentages partiels commencent à sortir. Et ils sont assez favorables à deux des principaux candidats, qui seraient même devant le candidat d’INITE : Martelly (le chanteur de Sweet Micky) et Mirlande Manigat. Du coup, ces deux candidats se désolidarisent des 12 et ne signent pas la demande d’annulation. Ils se disent prêts à participer au deuxième tour. L’espoir de faire annuler cette vaste blague diminue : seul l’esprit groupé pouvait permettre une remise en cause. Le vent commence à tourner : le porte parole d’INITE annonce que son parti est prêt à reconnaître la défaite et participer à un gouvernement de coalition (çà sentirait pas les accords secrets entre opposition et INITE, çà ?)…

A ce moment là, il faut revenir sur les cris à la fraude lancés par Martelly et Manigat. Soit INITE était vraiment derrière et le bourrage d’urne n’a pas été très efficace ; soit Manigat et Martelly ont aussi profité de fraudes en faisant déguiser leurs partisans en partisans d’INITE.

 
Quand va-t-on arrêter de se foutre de la gueule de ce pays ?  

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