jeudi 1 avril 2010

Interview du chef de mission d'OXFAM dans Le Monde

"Haïti a une chance unique dans son histoire"








"Le 12 janvier, s'est ouvert un nouveau chapitre de  l'histoire d'Haïti."
AP/Ramon Espinosa
"Le 12 janvier, s'est ouvert un nouveau chapitre de l'histoire d'Haïti."

Réunis à New York, mercredi 31 mars, les pays donateurs ont promis de consacrer près de 10 milliards de dollars (7,4 milliards d'euros) pour aider Haïti à se relever du séisme dévastateur du 12 janvier. Un montant supérieur aux attentes, donc "extrêmement satisfaisant" pour Marcel Stoessel, chef de mission à Haïti pour l'ONG Oxfam, qui estime que Haïti a là "une chance unique" d'ouvrir un nouveau chapitre de son histoire.


Dix milliards de dollars d'aide, est-ce un montant suffisant pour reconstruire Haïti ?

Je ne pense pas que quelqu'un puisse dire exactement quel est le montant nécessaire pour aider Haïti, mais ce montant s'approche de l'évaluation des dommages. Vu les besoins énormes, immédiats comme à long terme, nous sommes très satisfaits du résultat de la conférence de New York, ce montant est supérieur à ce qui était généralement attendu.

Nous émettons cependant deux réserves. D'une part, il faut que cet argent promis soit réellement donné. Dans beaucoup de grandes urgences humanitaires, l'argent promis n'est pas arrivé en intégralité, comme par exemple lors de l'ouragan Mitch [qui avait tué plus de 9 000 personnes en Amérique en 1998]. A New York, il y avait des promesses de transparence sur ce sujet, avec un site web qui devrait permettre de suivre l'argent qui arrive sur le terrain.

D'autre part, il faut qu'il s'agisse d'argent nouveau. Il est arrivé dans le passé que de l'argent promis pour une cause représente l'argent qui était déjà affecté ailleurs et qui a été réorienté. Il pourrait s'agir soit d'argent déjà affecté à Haïti, dans des projets de développement antérieurs au séisme, soit d'argent affecté à d'autres crises humanitaires dans le monde. L'attention internationale et des médias est focalisée sur Haïti, mais nous ne devons pas oublier les autres pays qui subissent des catastrophes ou qui souffrent de la pauvreté. Nous avons observé, par exemple, après le tsunami [du 26 décembre 2004], qu'il était difficile d'obtenir suffisamment de fonds pour d'autres urgences dans le monde. Dans ce cas, le contrôle est beaucoup plus difficile, car nous n'avons pas accès aux comptes internes des organisations.

A quoi pourra servir cet argent ? Quels sont les besoins ?

L'argent va être utilisé sur le court terme et sur le long terme. Il y a toujours des besoins d'urgence, notamment dans le domaine de l'abri, qu'on doit continuer a suivre. Environ 5 millions de dollars sont affectés pour les prochains dix-huit mois, et 5 millions de dollars pour le plus long terme. Oxfam a réalisé une enquête d'un type inédit auprès de 1 700 Haïtiens pour connaître leurs besoins, et j'ai été très surpris du résultat : leur premières priorités sont l'emploi et l'éducation, ils veulent retourner au travail et éduquer leurs enfants.

La troisième priorité, c'est le logement, la quatrième le développement de la production nationale. Et là, il faut dire qu'il est important de décentraliser le pays. Haïti a beaucoup souffert de la centralisation politique, administrative et économique. Il faut développer les autres villes et la campagne, la production agricole. Il est vrai que beaucoup de problèmes étaient déjà présents avant le séisme, mais le 12 janvier s'est ouvert un nouveau chapitre pour le pays permettant d'avancer réellement le développement d'Haïti.

Comment va être affecté cet argent ?

Nous nous posons aussi la question, pour l'instant il semble qu'un fonds va être mis en place. Haïti détient ici une chance unique dans son histoire de se remettre sur pied et d'avancer sur beaucoup de sujets. C'est une énorme chance. Maintenant, ce dont le pays a besoin, ce n'est pas forcément de plus d'argent, mais d'assurer que cet argent atteigne les plus vulnérables et contribue véritablement à avancer le développement du pays. Le rôle du gouvernement haïtien et de la société civile est fondamental.

Le gouvernement commence à être plus actif, il faut aussi qu'il communique clairement et d'une manière efficace avec la population. C'est au gouvernement de prendre la reconstruction en charge, il connaît beaucoup mieux ce dont a besoin le pays que la communauté internationale.

Propos recueillis par Hélène Bekmezian

jeudi 18 mars 2010

Goudougoudou


Continuer à vivre et travailler n'est facile pour personne ici après un tel évènement et en parler est sûrement une étape importante. Et pour cela, les Haïtiens ont créer un mot "goulougoulou". Il s'agit en fait d'une onomatopée censée reproduire le bruit d'un séisme qui approche.
Sinon, on emploie beaucoup le mot de "bagay". cela veut dire "chose" mais cette traduction serait sûrement trop réductrice. En Haïti, ce mot est couramment utilisé pour décrire tout un tas de chose.

Après le goudougoudou haïtien, il y a eu le chilien, le turc... Et cette semaine c'est la faille au Nord d'Haïti qui a bougé. Alors on recommence à parler de la fin du monde et on se dépêche de rejoindre une église/secte pour faire partie des heureux élus sauvés. La dernière rumeur en date parle d'un volcan qui va cracher du feu au Morne Cabrit, une montagne tout ce qu'il y a de plus calcaire.

On se pose aussi beaucoup de question sur la fin du monde et ce fameux 21 décembre 2012 dont parle des prophéties maya ou tibétaines. On se prépare, on se tourne encore plus vers Dieu et on demande inévitablement aux Blancs ce qu'ils en pensent. Et parfois on se demande aussi à quoi çà sert que Ducros il se décarcasse.
Mes nuits sont bercées par le bruit des pelleteuses affairées à enlever les décombres de l'école à 3 étages en face et je me réveille très tôt au son des prédicateurs et autre oiseaux de mauvaises augures qui armés de leur mégaphone, tel le fou de cet épisode de Tintin qui parcourt les rues avec son gong, vous prédisent la fin du monde. J'ai même été assez étonné d'une certaine église qui s'est presque enorgueillie d'avoir prédit l'apocalypse quelques mois plus tôt dans les pages du principale journal. Alors pour conjurer le mauvaise sort, on organise des croisades: des jours de grands rassemblements de prière, de jeûne. Plus dangereux, les églises protestantes et affiliées s'en prennent aux voudouisants, des sortes d'expéditions punitives ont été perpétrées. Après tout, l'amour de son prochain n'est pas un des 10 commandements....

La paranoïa n'est donc pas prête de s'éteindre!

Au fait, mauvaise nouvelle, la saison des pluies est déjà là. Enfin si çà peut donner une super récolte, ce sera toujours çà de gagner.

Enfin, si j'ai perçu un signe de fin du monde: la production de Prestige, la bière locale a été interrompue!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Interruption de programmes

Beaucoup de silence depuis le dernier message. Nul besoin de vous expliquer les raisons. Du coup même pendant ma pause en France, pas envie d'écrire. Ecrire sur quoi d'ailleurs, les médias ont largement couvert les premières semaines.
Mais maintenant, le focus médiatique s'est réduit et le plus intéressant commence, la reconstruction, l'après. Et c'est de cela dont nous devons parler...

samedi 5 décembre 2009

Real politik

La politique haïtienne pourrait illustrer parfaitement la célèbre phrase "l'homme est un loup pour l'homme" ou plus précisément pour la femme dans notre cas précis. Et Michèle Duvivier Pierre Louis qui, on pouvait le croire, avait fait le plus dur après la gestion des cyclones et des réparations, en a fait les frais. RIP Michèle...
La première minsitre a donc été révoquée de manière aussi subite qu'absurde.En une semaine, emballé c'est plié: destitution, proposition d'un nouveau premier ministre et acceptation par le Parlement. Et oui les élections présidentielles se précisent (2011?) et le roi arrange son échiquier. Pour une fois, il semble que la reine n'ait pas été considérée comme une pièce maîtresse.

Sinon en février-mars (chouette pendant le carnaval), rebelote avec élection sénatorale (un autre tiers) et les députés. On compe environ 900 candidats pour 99 sièges dans 10 départements soit une petite centaine de prétendants par département en moyenne!!! En effet mise à part quelques regroupements dont INITE (unité), le nouveau groupement pro-président mais qui ne reprend pas les mêmes partis que la précédente plateforme présidentielle (LESPWA). Vous suivez? Bref un petit jeu du je t'aime, moi non plus.
Sauf que sûrement guidé par des visions ou ayant consulté leur cartomancienne, beacoup de candidats ont quitter leur parti pour se présenter sous la banière d'INITE. Comme si être dans le parti présidentiel, assurait de remporter la victoire??? Non c'est le hasard c'est tout car après tout, depuis la fin de la présidence à vie des Duvalier, les élections sont un processsus on ne peut plus démocratiques. Et les Nations Unies sont en partie là pour s'en assurer, donc pas d'inquiétude à avoir.
Et vendredi c'était LE tirage au sort ........ les numéros attribués aux différents partis. Ah... Vous pensiez au tirage des groupes pour la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud? Ah non, çà nous est passé vraiment par dessus la tête.
Et INITE a obtenu le numéro 1, donc là branle-bas de combat, tous les autres partis crient au scandale et demande à refaire le tirage.

Sinon, la nouvelle rumeur urbaine haïtienne vient d'une déclaration du numéro 2 Dominicain, le voisin. La France, les USA et le Canada conspireraient depuis des décennies pour unifier les deux pays en un seul! Horreur, malheur!!!! C'est la, c'est la, c'est la salsa des démons, tananan tananan...
Et certains détails iraient dans ce sens, l'UE se concentre sur le Plateau Central (département frontalier) avec les routes, la sécurité alimentaire; c'est la grande mode des projets transfontaliers... Hum hum, bizarre, vous avez dit bizarre...
Enfin bon, le président Dominicain en France ces jours-ci a réfusé la démilitarisation de la frontière donc c'est pas pour demain la veille.

Sinon puisqu'on parle élections, rien à voir mais vous devez sûrement vous demander qui est ce Jimmy Jean Louis qui participait à l'élection de Miss France (quoi vous pensiez que j'allais râter çà alors que je vis en Haïti?). Et bien c'est acteur NATIF NATAL d'Haïti, connu pour avoir tenu un rôle dans la série Heroes. Et devinez comment s'appelle ce personnage dans la série: l'Haïtien. Ah là là, ils se sont pas foulés les scénaristes. L'Haïtien n'a donc pas de nom, son origine affichée sert à lui seule à le décrire. No comment..

Ahhh Haïti, ton univers impitoyable

An nou plante pyebwa!!!

Je dis STOP! Stop aux soirées aux thèmes aussi farfalues que non productifs.
Je dis OUI! Oui aux soirées engagées pour faire passer un message fort et constructif pour une Haïti plus belle.
Attaquons nous donc aux problèmes de fonds du pays: le déboisement.
Et qui de mieux que Nico pour représenter cette thématique :



Je suis pour ma part venue accompagnée de mon petit panda du WWF

Et il y a beaucoup de recherche: la version cocotier et hamac direct não Brasil



dimanche 22 novembre 2009

les lauriers de la gloire

Le prix Médicis 2009 a été décerné à Dany Lafferière pour "l'énigme du retour". Je ne peux pas encore vous en faire la critique car ce livre n'arrivera que dans un petit mois via maman mais j'ai hâte de le dévorer!
René Depestre avait déjà obtenu le Renaudot il y a quelques années.
La littérature haïtienne est donc définitivement une grande littérature, comme l'a montré le docu des frères Poivre d'Arvor, qui, bien qu'il comptient des éléments un peu enjolivés des rues potoprincienne (qui a déjà vu un tap-tap avec seulement 8 passagers?), montre la grandeur de la culture haïtienne. A regarder absolument...

Ayiti chewi

vendredi 20 novembre 2009

Voir Jérémie et mourir

Que de silence depuis quelques temps, mais cette fin d'année est particulièrement "tet chage" côté boulot.
Du coup, gros article sur mon week end " j'échappe aux guédés de Toussaint pour visiter la Grande Anse".
La Grande Anse, c'est l'autre finistère d'Haïti, au sud cette fois-ci. Une région très très enclavée (plus de 7h de route pour faire les Cayes-Jérémie soit une centaine de kilomètres à tout cassé, et c'est pareil pour atteindre les bourgs et autres villes de la Grande Anse.
Jérémie est connue comme la cité des poètes et cette marque de fabrique s"affiche sur le mini aéroport de la ville. Peu de personnes le savent mais cette ville a aussi donné un des fleurons de la litérrature française: Alexandre Dumas père. Et oui, son père, le général Thomas Dumas est né à Jérémie, d'un noble français intallé et d'une négresse. Alexandre Dumas était donc un métisse basané, de quoi réfléchir en ces périodes de débats sur l'identité nationale...
Ce pélerinage avait aussi pour but de faire rencontrer Jérémie, la ville et Jérémy, le roi sur la chaise, afin qu'il puisse rendre hommage à la ville inspirée de son nom assurément...

L'île en face c'est la Grande Cayémite

Nous avons donc commencé notre visite par la ville de Jérémie en se donnant rendez-vous au carrefour du string comme nous l'avons si bien renommé.

La Namur attitude

la ville de Jérémie comme les autres villes du Sud, les Cayes et Jacmel garde ce charme de ces villes qui ont gardé une architecture coloniale.

C'est fou ce qu'on peut porter à bras d'homme!

Direction ensuite les Abricots d'abord en moto-taxi (2 sur la mobylette + le chauffeur) où l'on a croisé un magnifique espadon qui se faisait transporté jusqu'à une poissonerie de Jérémie. Arrivé à Bonbon, négociation de bateau pour aller aux Abricots et là, le soleil tape alors on n'oublie pas la crême!
Jérémy: five points!

La plage des Abricots, ce nom vous dit peut être quelque chose puisque Thalassa y avait consacré un reportage. le nom du village vient donc bien du fruit hérité d’une légende colportée par les premiers chroniqueurs espagnols. Les Indiens auraient placé là leurs paradis où après la mort ils allaient croquer de délicieux abricots (mameys). En fait les berges de la rivière et le plateau de Lonmon la surplombant étaient couverts d’une forêt d’abricotiers et les premiers pirates français installés là dès la seconde moitié du XVIIème siècle nommèrent leur établissement du nom du fruit. Le village a été détruit en 1954 par le cyclone Hazel et ne s'est pas vraiment remis depuis. Le maire, Jean-Claude Fignolé est un écrivain et poète, faisant honneur à la tradition de la zone.


petite séance de pêche



T'as de beaux yeux,tu sais?

Que de concentration dans la lecture de la composition des fromages à tartiner...

Et, oui ceci est la vraie nature de David

L'enclavement de la région et les pluies importantes permettent le développement d'une zone forestière assez agréable et unique en Haïti: caféier, cacaoyer et autre végétaion luxuriante.
Nous voici donc parti pour une rando dans la forêt et les mornes.
Et çà grimpe pas mal sous un soleil déjà de plomb à 8h du mat (malgré un départ à 6h).
L'avantage c'est qu'on a fait des pauses casse-croûte toutes les demi-heures: arrêt orange, arrêt canne à sucre, arrêt noix de coco...

Vous pouvez voir ici le point de départ et nous ne sommes pas encore arrivés!

6 h de marche après et une descente raide dans des pierres suivi d'une glissade généralisée sur les fesses liée à la combinaison argile-pluie, nous voici arrivés à Chambellan.
Du coup après cette marche, même le tap-tap pendant plus d'une heure sur les pistes nous paraît sympa!

Pour finir, plouf à Anse d'Azur, un eplage peu fréquentée car supposée être un site très vaudouesque.

Enfin le dernier hommage de J à J...

Toujours pas de volontaires pour venir passer des vacances en Haïti, là je sais plus quoi faire pour vous convaincre!