samedi 18 septembre 2010
çà avance
Giant c'est le nouveau supermarché de Pétion Ville avec parking sous terrain, 2 étage et ascenseur pour passer de l'un à l'autre. Récemment c'est devenu l'un des rares endroits où on peut acheter du Barbancourt 5 étoiles.
Tout y coûte un bras et on a du mal à se balader dans les allées entre les caddies-voitures pour mettre à la fois tes courses et ton gamin.
Ceci est donc la preuve par A+B qu'Haïti se reconstruit, n'en déplaise aux mauvaises langues, celles entre autre du million et quelques d'Haïtiens vivant encore sous des tentes. Comme quoi les priorités ont clairement été posées...
A ce rythme ma schizophrénie entre mon style de vie et la situation du pays va suivre une courbe exponentielle...
dimanche 20 juin 2010
Haïti, 5 mois après
Expertise des bâtiments
Des ingénieurs du ministère des travaux publics ont été formé par des américains à une méthode japonaise (???). Ils ont visité chaque maison et affichent leur verdict sur le portail ou le mur:
- rouge: interdiction d'y entrer, en même temps quand il ne reste plus qu'un poteau, c'est sûr qu'on risque pas d'y entrer!
- vert: RAS, vous pouvez rentrer chez vous en toute sécurité
C'était la première étape de la reconstruction car aucune autorisation de construire ne peut être donnée avant la fin de l'expertise. Cette étape est terminée ou presque mais le plus inquiétant c'est qu'apparemment, rien n'a vraiment été décidé sur la reconstruction: où, comment? Aucune nouvelle d'un plan d'aménagement urbain si ce n'est ces magnifiques paroles du Ministre des Finances: PAP regardera vers la mer alors qu'elle lui tournait le dos (resort à la dominicaine pour touristes, all inclusive): il y aura de l'électricité 24h/24; des feux tricolores, et les marchandes disparaitront des trottoirs et des rues. I have a dream...
les camps se pérennisent
Deuxième problème: le déblaiement est à la charge des particuliers et cela coûte bonbon. Les Haïtiens attendent que des organisations les aident pour çà. Ceci explique que beaucoup de gens dans les camps ne veulent pas retourner chez eux alors qu’ils pourraient. Et puis quitter le camp c’est dire adieu à l’eau, la nourriture, les soins médicaux gratuits. Pas cons les Haïtiens, ils utilisent le système que des pauvres blancs naïfs ont mis au point. Et oui car même si toutes les organisations incitent les gens à partir, nous avons des remords à les expulser manu militari. Vous pouvez donc maintenant manger ou dormir dans des établissements haute classe de Pétion-Ville dans l'ambiance des effluves de latrines et déchets des camps juste à côté de vous.
La sécurité dans les camps n’a jamais été géniale surtout pour les femmes mais depuis peu, on éventre des tentes pour voler au Champ de Mars (place en bas la ville avec l’ancien palais national) alors que ce camp est un des seuls allumés toute la nuit car l’Ambassade de France (qui donne sur la place) s’est engagé à payer l’électricité.
Mais bon ne soyons pas trop pressé, la phase de reconstruction commence en juillet comme l’a dit le gouvernement, en pleine saison des pluies, nickel chrome niveau calendrier avec une saison cyclonique qui a commencé officiellement le 1er juin et qui a été prévue comme l’une des plus violentes de ces dernières années, yahoo !!!!!!!!!!
Et le plus triste c'est que les Haïtiens se plaignent certes mais ne se rebellent pas, ils ont une fois de plus baissés les bras face aux belles paroles qui ne restent que des promesses.
Sinon, gros baby boom spécial « y a rien d’autre à faire dans des tentes » prévu d’ici 6 mois. Toutes les femmes ou presque sont enceintes. Entre autre car la stratégie pour une famille (souvent nombreuse) a été de séparer pour squatter une tente dans plusieurs camps pour capter un max d’aide (qui ose encore dire que les Haïtiens sont idiots malgré leur médiocre éducation) et comme un jeune de 15 ou 18 ans ne peut rester seul dans une tente, il prend une nénette pour faire croire que sa femme et bon, autant jouer le jeu à fond… Le seul hic c’est que soit d’ici 6 mois on remet sur pieds des maternités/hôpitaux (avec soins gratuits, faut pas rêver) ou alors, çà va être le bordel…Alors avis aux familles en Occident, gros arrivage de petits haïtiens à adopter.
Sinon, tout le monde dans les camps veut une télé pour regarder le mondial (rien à foutre de la saison des pluies, des moustiques, de la typhoïde et du palu) qui avec le décalage horaire tombe en pleine journée donc je prévois une productivité nationale quasi nulle entre le 11 juin et le 11 juillet.
vendredi 2 avril 2010
I have a dream
Comme vous le savez tous le 31 mars c'était THE conférence pour Haïti, celle qui allait tout changer. C'est vrai c'est pas comme si il y avait une conférence tous les 36 mois pour aider Haïti: 2004, les cyclones de 2008...
Du coup, évidemment je regarde ce qui a été obtenu et là je tombe sur les déclarations de Bill Clinton qui m'ont laissées perplexe.
Alors attention, la solution c'est de faire d'Haïti le premier pays totalement wireless et que tout le monde ait un téléphone portable! Bon sang mais c'est bien sûr!!! Pourquoi on y a pas pensé plus tôt??? C'était sous notre nez et nous comme des idiots on parlait gouvernance, sécurité alimentaire, éducation...
Vous aurez bien sûr compris qu'en fait si je l'ai mauvaise, c'est parce que je suis peu jalouse que Bill m'ait piqué une idée que je rumine depuis longtemps.
Alors rêvons, rêvons d'une Haïti sans fil, où on aurait juste à passer un coup de fil à sa famille aux USA pour recevoir en 24h chrono la nourriture dont on a besoin pour nourrir la famille, où on recevrait l'argent pour payer une fortune des écoles d'une efficacité limitée en un simple sms. Un pays où on n'admirerait plus l'enchevêtrement art-déco des connexions électriques illégales. Un pays où on pourrait avoir Internet de partout sans avoir recours à des systèmes utilisant les lignes téléphoniques pour les portables et qui du coup n'aurait jamais de problème technique. Un pays où on pourrait régler tous nos problèmes techniques en un simple coup de fil sans avoir à se déplacer 5 fois à la capitale pour s'entendre dire que notre carte sim n'a pas été activée car l'idiote qui s'est occupée de vous lors de votre dernier passage il y a 3 semaines ne vous a pas fait remplir la demande de réactivation.
Bill si tu voulais faire un poisson d'avril, il fallait programmer la conférence le 1er avril, pas le 31.
Et puis tu devrais te méfier, Martin Luther King aussi a fait un rêve et on l'a assassiné pour çà.
Aller, c'est pas tout çà mais je dois aller compter les milliards qui pleuvent suite à la conférence et qui nous sont arrivés en billets de banque de 1US$
jeudi 1 avril 2010
Camping
Cette semaine, le gouvernement a sorti l'arrêté d'expropriation des terrains situés dans le polygone jaune, à la sortie de la Croix des Bouquets, le long de la route qui mène aux Arcadins.

Et voici un peu à quoi ressemble le terrain actuellement:
Interview du chef de mission d'OXFAM dans Le Monde
"Haïti a une chance unique dans son histoire"
Réunis à New York, mercredi 31 mars, les pays donateurs ont promis de consacrer près de 10 milliards de dollars (7,4 milliards d'euros) pour aider Haïti à se relever du séisme dévastateur du 12 janvier. Un montant supérieur aux attentes, donc "extrêmement satisfaisant" pour Marcel Stoessel, chef de mission à Haïti pour l'ONG Oxfam, qui estime que Haïti a là "une chance unique" d'ouvrir un nouveau chapitre de son histoire.
Dix milliards de dollars d'aide, est-ce un montant suffisant pour reconstruire Haïti ?
Je ne pense pas que quelqu'un puisse dire exactement quel est le montant nécessaire pour aider Haïti, mais ce montant s'approche de l'évaluation des dommages. Vu les besoins énormes, immédiats comme à long terme, nous sommes très satisfaits du résultat de la conférence de New York, ce montant est supérieur à ce qui était généralement attendu.
Nous émettons cependant deux réserves. D'une part, il faut que cet argent promis soit réellement donné. Dans beaucoup de grandes urgences humanitaires, l'argent promis n'est pas arrivé en intégralité, comme par exemple lors de l'ouragan Mitch [qui avait tué plus de 9 000 personnes en Amérique en 1998]. A New York, il y avait des promesses de transparence sur ce sujet, avec un site web qui devrait permettre de suivre l'argent qui arrive sur le terrain.
D'autre part, il faut qu'il s'agisse d'argent nouveau. Il est arrivé dans le passé que de l'argent promis pour une cause représente l'argent qui était déjà affecté ailleurs et qui a été réorienté. Il pourrait s'agir soit d'argent déjà affecté à Haïti, dans des projets de développement antérieurs au séisme, soit d'argent affecté à d'autres crises humanitaires dans le monde. L'attention internationale et des médias est focalisée sur Haïti, mais nous ne devons pas oublier les autres pays qui subissent des catastrophes ou qui souffrent de la pauvreté. Nous avons observé, par exemple, après le tsunami [du 26 décembre 2004], qu'il était difficile d'obtenir suffisamment de fonds pour d'autres urgences dans le monde. Dans ce cas, le contrôle est beaucoup plus difficile, car nous n'avons pas accès aux comptes internes des organisations.
A quoi pourra servir cet argent ? Quels sont les besoins ?
L'argent va être utilisé sur le court terme et sur le long terme. Il y a toujours des besoins d'urgence, notamment dans le domaine de l'abri, qu'on doit continuer a suivre. Environ 5 millions de dollars sont affectés pour les prochains dix-huit mois, et 5 millions de dollars pour le plus long terme. Oxfam a réalisé une enquête d'un type inédit auprès de 1 700 Haïtiens pour connaître leurs besoins, et j'ai été très surpris du résultat : leur premières priorités sont l'emploi et l'éducation, ils veulent retourner au travail et éduquer leurs enfants.
La troisième priorité, c'est le logement, la quatrième le développement de la production nationale. Et là, il faut dire qu'il est important de décentraliser le pays. Haïti a beaucoup souffert de la centralisation politique, administrative et économique. Il faut développer les autres villes et la campagne, la production agricole. Il est vrai que beaucoup de problèmes étaient déjà présents avant le séisme, mais le 12 janvier s'est ouvert un nouveau chapitre pour le pays permettant d'avancer réellement le développement d'Haïti.Comment va être affecté cet argent ?
Nous nous posons aussi la question, pour l'instant il semble qu'un fonds va être mis en place. Haïti détient ici une chance unique dans son histoire de se remettre sur pied et d'avancer sur beaucoup de sujets. C'est une énorme chance. Maintenant, ce dont le pays a besoin, ce n'est pas forcément de plus d'argent, mais d'assurer que cet argent atteigne les plus vulnérables et contribue véritablement à avancer le développement du pays. Le rôle du gouvernement haïtien et de la société civile est fondamental.
Le gouvernement commence à être plus actif, il faut aussi qu'il communique clairement et d'une manière efficace avec la population. C'est au gouvernement de prendre la reconstruction en charge, il connaît beaucoup mieux ce dont a besoin le pays que la communauté internationale.