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mardi 11 janvier 2011

Le compte à rebours

Il a fallu attendre le 6 janvier pour connaitre un tant soit peut le programme officiel des commémorations du 12 janvier mais dans ma tête le compte à rebours avait déjà commencé. Et ce, par les galettes que nous avons partagé comme la dernière que j’ai partagée avec Jean-Christophe quelques jours avant le séisme.

Beaucoup de messes privées ou générales, des lectures de textes. Dans ces moments là on se raccroche toujours aux mots qu’on su trouver les écrivains haïtiens.

Pour ma part, je garde cette phrase de Sophie Boutaud de la Combe : « je suis plus dans ce que les autres ont perdu que dans ce que j’ai ».

Il y aura bien sûr la minute de silence à l’heure H malgré les médias qui voudraient avoir des directs à ce moment là.

Ce sera le lancement du programme de reconstruction à Fort National. Le marché de fer vient d’être inauguré après sa réhabilitation (commencée depuis 2008 après un incendie).

Ici, on ne parle que des ONG qui n’ont rien fait en un an. Les plus grandes font des bilans publics de l’utilisation des fonds. Les autres se taisent espérant se fondre dans la masse. Il ne fait pas trop bon bosser pour une ONG ces jours-ci.

On parle aussi de Dieu, puisqu’apparemment c’est tout ce qu’il reste aux gens dans les camps.

Malheureusement on voit ressurgir les vieux démons qui se sont entendre après le séisme et qui veulent nous convaincre qu'Haïti est maudite. Et puis la fin du monde en 2012 c'est trop tard. Alors certains ont décidé de l'avancer et de prévenir les brebis égarées. Comme le dit le panneau géant ci-dessous, Jésus viendra prendre ceux qu'il a choisi le 21 mai car le 21 octobre c'est la fin du monde.


Mon Dieu mais que faire pour faire partie du Jesus Air qui décollera le 21 (soit une semaine après la fin supposée du mandat de Préval, hum hum c'est louche tout çà)????
Se tourner vers Dieu, pardi!
C'est pour cela que le week end dernier, Franklin Graham, directeur de Samaritan's purse et qui avait proclamé haut et fort qu'Haïti était maudite, a organisé une séance géante d'évangélisation retransmise sur plusieurs chaines télé. Ici on appelle çà une croisade....Tels les preux chevaliers qui défendaient la Terre Sainte... ou pillaient selon les versions.
Il était même prévu une croisade spéciale pour les enfants. A ce propos, je vous conseille de regarder Jesus Camp sur les méthodes et discours d'évangélisation sur les gamins aux USA. Tiens c'est étrange, La femme pasteur disait vouloir former le nouvelle armée de Dieu, les nouveaux Croisés...

Visuellement, c'est le seul message que les Haïtiens ont reçu à quelques jours de la commémoration!
Sur la même longueur d'onde, le Carnaval pourrait ne pas avoir lieu... triste début d'année 2011 en Haïti.
Comme il aurait été un sacrilège de vomir nos galettes, je me suis retenue mais il s'en est failli de peu...

PS: Merci Doudou pour les photos

dimanche 20 juin 2010

Haïti, 5 mois après

Bientôt 6 mois depuis le séisme. En attendant le nouveau flot de journaliste venus voir ce qu'il se passe 6 mois après, voici quelques éléments peut être pas mis en avant sur les médias.

Expertise des bâtiments

Des ingénieurs du ministère des travaux publics ont été formé par des américains à une méthode japonaise (???). Ils ont visité chaque maison et affichent leur verdict sur le portail ou le mur:

- rouge: interdiction d'y entrer, en même temps quand il ne reste plus qu'un poteau, c'est sûr qu'on risque pas d'y entrer!

- jaune: des travaux sont à faire
- vert: RAS, vous pouvez rentrer chez vous en toute sécurité

C'était la première étape de la reconstruction car aucune autorisation de construire ne peut être donnée avant la fin de l'expertise. Cette étape est terminée ou presque mais le plus inquiétant c'est qu'apparemment, rien n'a vraiment été décidé sur la reconstruction: où, comment? Aucune nouvelle d'un plan d'aménagement urbain si ce n'est ces magnifiques paroles du Ministre des Finances: PAP regardera vers la mer alors qu'elle lui tournait le dos (resort à la dominicaine pour touristes, all inclusive): il y aura de l'électricité 24h/24; des feux tricolores, et les marchandes disparaitront des trottoirs et des rues. I have a dream...

les camps se pérennisent

Deuxième problème: le déblaiement est à la charge des particuliers et cela coûte bonbon. Les Haïtiens attendent que des organisations les aident pour çà. Ceci explique que beaucoup de gens dans les camps ne veulent pas retourner chez eux alors qu’ils pourraient. Et puis quitter le camp c’est dire adieu à l’eau, la nourriture, les soins médicaux gratuits. Pas cons les Haïtiens, ils utilisent le système que des pauvres blancs naïfs ont mis au point. Et oui car même si toutes les organisations incitent les gens à partir, nous avons des remords à les expulser manu militari. Vous pouvez donc maintenant manger ou dormir dans des établissements haute classe de Pétion-Ville dans l'ambiance des effluves de latrines et déchets des camps juste à côté de vous.

La sécurité dans les camps n’a jamais été géniale surtout pour les femmes mais depuis peu, on éventre des tentes pour voler au Champ de Mars (place en bas la ville avec l’ancien palais national) alors que ce camp est un des seuls allumés toute la nuit car l’Ambassade de France (qui donne sur la place) s’est engagé à payer l’électricité.

Mais bon ne soyons pas trop pressé, la phase de reconstruction commence en juillet comme l’a dit le gouvernement, en pleine saison des pluies, nickel chrome niveau calendrier avec une saison cyclonique qui a commencé officiellement le 1er juin et qui a été prévue comme l’une des plus violentes de ces dernières années, yahoo !!!!!!!!!!

Et le plus triste c'est que les Haïtiens se plaignent certes mais ne se rebellent pas, ils ont une fois de plus baissés les bras face aux belles paroles qui ne restent que des promesses.

Sinon, gros baby boom spécial « y a rien d’autre à faire dans des tentes » prévu d’ici 6 mois. Toutes les femmes ou presque sont enceintes. Entre autre car la stratégie pour une famille (souvent nombreuse) a été de séparer pour squatter une tente dans plusieurs camps pour capter un max d’aide (qui ose encore dire que les Haïtiens sont idiots malgré leur médiocre éducation) et comme un jeune de 15 ou 18 ans ne peut rester seul dans une tente, il prend une nénette pour faire croire que sa femme et bon, autant jouer le jeu à fond… Le seul hic c’est que soit d’ici 6 mois on remet sur pieds des maternités/hôpitaux (avec soins gratuits, faut pas rêver) ou alors, çà va être le bordel…Alors avis aux familles en Occident, gros arrivage de petits haïtiens à adopter.

Sinon, tout le monde dans les camps veut une télé pour regarder le mondial (rien à foutre de la saison des pluies, des moustiques, de la typhoïde et du palu) qui avec le décalage horaire tombe en pleine journée donc je prévois une productivité nationale quasi nulle entre le 11 juin et le 11 juillet.

mardi 25 mai 2010

sur les ondes et dans la presse

Pour ceux qui n'ont pas écouté l'émission matinale de France Inter, l'émission est toujours disponible en archives. Elle a été réalisée à l'occasion du festival Etonnants Voyageurs qui devaient se tenir à PAP lors du séisme. Lyonel Trouillot et Dany Lafferière y sont interviewés.

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/septdix/index.php?id=91891

Sinon, allez sur le site de Libé, il y a un article intéressant sur le syndrôme de dépression collective de la population.
Et que dire de cet article sur le camp de la place St Pierre et de son comité de gestion, des hommes qui vont voir les prostituées pour "soigner le choc traumatique"!!!
http://www.liberation.fr/monde/0101637320-sous-les-tentes-la-vie-vaille-que-vaille

vendredi 9 avril 2010

A la formule ou à la carte

Il y a 4 priorités pour l’accueil des déplacés :

- l’eau

- la nourriture

- l’éducation

- le travail

Impulsé par le gouvernement et soutenu par les bailleurs, le gouvernement haïtien a demandé à ce que l’aide alimentaire provienne le plus possible de la production nationale.

Mais dans tout système il y a des irréductibles non pas gaulois mais américains cette fois-ci.

Bruce a fait venir un avion chargé de ration militaires américaines pour venir en aide aux déplacés dans la zone.

Le concept des rations alimentaires est d’avoir des petites portions mais très calorifique ; ce qui est à peu près l’inverse de la façon de manger des haïtiens qui avalent des quantités énormes. Les rations sont très variées avec 24 menus dont le menu 23 dont j’ai hérité (car je suis à prêt tout moi aussi une réfugiée dans le NO) : poulet avec ses pâtes et sa sauce au pesto, yamee (miam miam anglais).


Je me pose donc beaucoup de questions sur l’utilisation de ces rations par les déplacés avec des goûts très différents de leurs habitudes (les lentilles des distributions alimentaires se retrouvent automatiquement sur le marché car les Haïtiens n’aiment pas trop çà). Et que dire de la composition du repas avec entrée, plat, dessert et boisson, classique pour nous mais jamais vu encore dans le NO.



Mais comment les déplacés vont-ils préparer ces bons petits plats ? pas de soucis, les notices sont écrites dessus : tu mets de l’eau dans le sachet magique mais attention, tu dépasses pas le trait et là pouf pouf, réaction chimique, çà chauffe, tu mets ton plat et tu peux déguster après quelques minutes. Petit rappel : ici on cuisine au charbon de bois en utilisant des sachets plastiques comme couvercles de marmite. Et en plus quand bien même tu tomberais sur quelqu’un sui sait déchiffrer les instructions (je n’ose pas parler de savoir lire), c’est en anglais of course !!!!



Comment quelqu’un qui vit depuis 25 ans dans le NO peut me regarder dans les yeux avec toute la conviction du monde en m’assurant que les gens vont manger ces rations ???

Mais après tout qu’attendre de plus de quelqu’un qui refuse de distribuer du riz haïtien sous prétexte qu’on n’est pas sûr de sa qualité alors que de bons produits OGM américains et pas chers sont disponibles ???

Rassurez-vous, la moitié de ces rations sont en fait pour lui et sa femme : réserves stratégiques en cas de nouveau séisme ou cyclones. Ouf, on respire…


vendredi 2 avril 2010

30 millions d'amis

Alleluiah !

Nous avons enfin trouvé notre animal totem de système précoce d’alerte de séisme. On se souvient que les éléphants avaient été vachement malin lors du tsunami mais bon importez des éléphants c’est pas durable, consommons national ! Bon le problème aussi c’est que la faune haïtienne a beaucoup souffert de la déforestation, du coup on s’est beaucoup creusé les méninges.

Heureusement, des scientifiques viennent de révéler dans le Journal of zoology que 96 pour cent des crapauds mâles (allez encore un truc de macho) les plus communs (Bufo bufo) d’une population donnée avaient déserté leurs sites de reproduction cinq jours avant qu’un tremblement de terre de magnitude 6,3 ne frappe l’Aquila, dans le centre de l’Italie, en 2009.

Moi qui ne savait pas quoi faire des crapauds qui rodent autour des latrines à la recherche des blattes…

Bon on a pas encore le mode d’emploi mais on y travail : le fameux bocal ?, la vidéo-surveillance ? la balise Argos ?

I have a dream

Comme vous le savez tous le 31 mars c'était THE conférence pour Haïti, celle qui allait tout changer. C'est vrai c'est pas comme si il y avait une conférence tous les 36 mois pour aider Haïti: 2004, les cyclones de 2008...
Du coup, évidemment je regarde ce qui a été obtenu et là je tombe sur les déclarations de Bill Clinton qui m'ont laissées perplexe.
Alors attention, la solution c'est de faire d'Haïti le premier pays totalement wireless et que tout le monde ait un téléphone portable! Bon sang mais c'est bien sûr!!! Pourquoi on y a pas pensé plus tôt??? C'était sous notre nez et nous comme des idiots on parlait gouvernance, sécurité alimentaire, éducation...
Vous aurez bien sûr compris qu'en fait si je l'ai mauvaise, c'est parce que je suis peu jalouse que Bill m'ait piqué une idée que je rumine depuis longtemps.
Alors rêvons, rêvons d'une Haïti sans fil, où on aurait juste à passer un coup de fil à sa famille aux USA pour recevoir en 24h chrono la nourriture dont on a besoin pour nourrir la famille, où on recevrait l'argent pour payer une fortune des écoles d'une efficacité limitée en un simple sms. Un pays où on n'admirerait plus l'enchevêtrement art-déco des connexions électriques illégales. Un pays où on pourrait avoir Internet de partout sans avoir recours à des systèmes utilisant les lignes téléphoniques pour les portables et qui du coup n'aurait jamais de problème technique. Un pays où on pourrait régler tous nos problèmes techniques en un simple coup de fil sans avoir à se déplacer 5 fois à la capitale pour s'entendre dire que notre carte sim n'a pas été activée car l'idiote qui s'est occupée de vous lors de votre dernier passage il y a 3 semaines ne vous a pas fait remplir la demande de réactivation.

Bill si tu voulais faire un poisson d'avril, il fallait programmer la conférence le 1er avril, pas le 31.
Et puis tu devrais te méfier, Martin Luther King aussi a fait un rêve et on l'a assassiné pour çà.

Aller, c'est pas tout çà mais je dois aller compter les milliards qui pleuvent suite à la conférence et qui nous sont arrivés en billets de banque de 1US$

jeudi 1 avril 2010

Camping

Port au Prince est méconnaissable. On slalome maintenant entre les débris des bâtiments et les tentes à même les rues qui nous obligent à revoir nos itinéraires et nous font perdre nos repères. Un labyrinthe en perpétuel mouvement...
A force de rester des heures coincé dans des bouchons, on se met petit à petit à établir une typologie des abris:la tente commune, façon cirque Pinder

la tente familiale avec jardin privatif, grand luxe que l'espace

et puis le foutoir, des tentes qui s'entassent les une sur les autres

les tentes à flanc de colline, parfaites pour la saison des pluies

les blanches

les bleues

les dômes

les dômes avec douches

et pour finir les tarabiscornues (je vous passe les tentes en carton recyclé)


Cette semaine, le gouvernement a sorti l'arrêté d'expropriation des terrains situés dans le polygone jaune, à la sortie de la Croix des Bouquets, le long de la route qui mène aux Arcadins.

Et voici un peu à quoi ressemble le terrain actuellement:

Interview du chef de mission d'OXFAM dans Le Monde

"Haïti a une chance unique dans son histoire"








"Le 12 janvier, s'est ouvert un nouveau chapitre de  l'histoire d'Haïti."
AP/Ramon Espinosa
"Le 12 janvier, s'est ouvert un nouveau chapitre de l'histoire d'Haïti."

Réunis à New York, mercredi 31 mars, les pays donateurs ont promis de consacrer près de 10 milliards de dollars (7,4 milliards d'euros) pour aider Haïti à se relever du séisme dévastateur du 12 janvier. Un montant supérieur aux attentes, donc "extrêmement satisfaisant" pour Marcel Stoessel, chef de mission à Haïti pour l'ONG Oxfam, qui estime que Haïti a là "une chance unique" d'ouvrir un nouveau chapitre de son histoire.


Dix milliards de dollars d'aide, est-ce un montant suffisant pour reconstruire Haïti ?

Je ne pense pas que quelqu'un puisse dire exactement quel est le montant nécessaire pour aider Haïti, mais ce montant s'approche de l'évaluation des dommages. Vu les besoins énormes, immédiats comme à long terme, nous sommes très satisfaits du résultat de la conférence de New York, ce montant est supérieur à ce qui était généralement attendu.

Nous émettons cependant deux réserves. D'une part, il faut que cet argent promis soit réellement donné. Dans beaucoup de grandes urgences humanitaires, l'argent promis n'est pas arrivé en intégralité, comme par exemple lors de l'ouragan Mitch [qui avait tué plus de 9 000 personnes en Amérique en 1998]. A New York, il y avait des promesses de transparence sur ce sujet, avec un site web qui devrait permettre de suivre l'argent qui arrive sur le terrain.

D'autre part, il faut qu'il s'agisse d'argent nouveau. Il est arrivé dans le passé que de l'argent promis pour une cause représente l'argent qui était déjà affecté ailleurs et qui a été réorienté. Il pourrait s'agir soit d'argent déjà affecté à Haïti, dans des projets de développement antérieurs au séisme, soit d'argent affecté à d'autres crises humanitaires dans le monde. L'attention internationale et des médias est focalisée sur Haïti, mais nous ne devons pas oublier les autres pays qui subissent des catastrophes ou qui souffrent de la pauvreté. Nous avons observé, par exemple, après le tsunami [du 26 décembre 2004], qu'il était difficile d'obtenir suffisamment de fonds pour d'autres urgences dans le monde. Dans ce cas, le contrôle est beaucoup plus difficile, car nous n'avons pas accès aux comptes internes des organisations.

A quoi pourra servir cet argent ? Quels sont les besoins ?

L'argent va être utilisé sur le court terme et sur le long terme. Il y a toujours des besoins d'urgence, notamment dans le domaine de l'abri, qu'on doit continuer a suivre. Environ 5 millions de dollars sont affectés pour les prochains dix-huit mois, et 5 millions de dollars pour le plus long terme. Oxfam a réalisé une enquête d'un type inédit auprès de 1 700 Haïtiens pour connaître leurs besoins, et j'ai été très surpris du résultat : leur premières priorités sont l'emploi et l'éducation, ils veulent retourner au travail et éduquer leurs enfants.

La troisième priorité, c'est le logement, la quatrième le développement de la production nationale. Et là, il faut dire qu'il est important de décentraliser le pays. Haïti a beaucoup souffert de la centralisation politique, administrative et économique. Il faut développer les autres villes et la campagne, la production agricole. Il est vrai que beaucoup de problèmes étaient déjà présents avant le séisme, mais le 12 janvier s'est ouvert un nouveau chapitre pour le pays permettant d'avancer réellement le développement d'Haïti.

Comment va être affecté cet argent ?

Nous nous posons aussi la question, pour l'instant il semble qu'un fonds va être mis en place. Haïti détient ici une chance unique dans son histoire de se remettre sur pied et d'avancer sur beaucoup de sujets. C'est une énorme chance. Maintenant, ce dont le pays a besoin, ce n'est pas forcément de plus d'argent, mais d'assurer que cet argent atteigne les plus vulnérables et contribue véritablement à avancer le développement du pays. Le rôle du gouvernement haïtien et de la société civile est fondamental.

Le gouvernement commence à être plus actif, il faut aussi qu'il communique clairement et d'une manière efficace avec la population. C'est au gouvernement de prendre la reconstruction en charge, il connaît beaucoup mieux ce dont a besoin le pays que la communauté internationale.

Propos recueillis par Hélène Bekmezian

jeudi 18 mars 2010

Goudougoudou


Continuer à vivre et travailler n'est facile pour personne ici après un tel évènement et en parler est sûrement une étape importante. Et pour cela, les Haïtiens ont créer un mot "goulougoulou". Il s'agit en fait d'une onomatopée censée reproduire le bruit d'un séisme qui approche.
Sinon, on emploie beaucoup le mot de "bagay". cela veut dire "chose" mais cette traduction serait sûrement trop réductrice. En Haïti, ce mot est couramment utilisé pour décrire tout un tas de chose.

Après le goudougoudou haïtien, il y a eu le chilien, le turc... Et cette semaine c'est la faille au Nord d'Haïti qui a bougé. Alors on recommence à parler de la fin du monde et on se dépêche de rejoindre une église/secte pour faire partie des heureux élus sauvés. La dernière rumeur en date parle d'un volcan qui va cracher du feu au Morne Cabrit, une montagne tout ce qu'il y a de plus calcaire.

On se pose aussi beaucoup de question sur la fin du monde et ce fameux 21 décembre 2012 dont parle des prophéties maya ou tibétaines. On se prépare, on se tourne encore plus vers Dieu et on demande inévitablement aux Blancs ce qu'ils en pensent. Et parfois on se demande aussi à quoi çà sert que Ducros il se décarcasse.
Mes nuits sont bercées par le bruit des pelleteuses affairées à enlever les décombres de l'école à 3 étages en face et je me réveille très tôt au son des prédicateurs et autre oiseaux de mauvaises augures qui armés de leur mégaphone, tel le fou de cet épisode de Tintin qui parcourt les rues avec son gong, vous prédisent la fin du monde. J'ai même été assez étonné d'une certaine église qui s'est presque enorgueillie d'avoir prédit l'apocalypse quelques mois plus tôt dans les pages du principale journal. Alors pour conjurer le mauvaise sort, on organise des croisades: des jours de grands rassemblements de prière, de jeûne. Plus dangereux, les églises protestantes et affiliées s'en prennent aux voudouisants, des sortes d'expéditions punitives ont été perpétrées. Après tout, l'amour de son prochain n'est pas un des 10 commandements....

La paranoïa n'est donc pas prête de s'éteindre!

Au fait, mauvaise nouvelle, la saison des pluies est déjà là. Enfin si çà peut donner une super récolte, ce sera toujours çà de gagner.

Enfin, si j'ai perçu un signe de fin du monde: la production de Prestige, la bière locale a été interrompue!!!!!!!!!!!!!!!!!!